Samedi 07 octobre 2023   d’après : 09 novembre 2023 

 

Do the job, Act now

 



Nous sommes le jour anniversaire de la nuit de cristal le 09 novembre 1938, 85 ans après ce pogrom, 33 jours après le pogrom des kibboutz de Beeri, Kfar Aza, Nir Yitzhak, Nir Oz, Nirim et de la fête Nova et l’enlèvement de 240 personnes de toute nationalités, de toute religion ; ils sont âgés de 9 mois à 85 ans. Ce soir ils sont quelques milliers devant le siège de la croix rouge à Tel Aviv. Habillés de leur blouse ou en civil, des pancartes blanches Magen David rouge et croix de même couleur dessiné, ils crient Do the job, Act now devant une estrade et un écran géant. Derrière au 9e étage lesfenêtres éclairées des bureaux de la croix rouge internationale sont vides, elles regardent, écoutent les para-médics israéliens venus protester contre l’inaction, le silence terrible de l’organisation en charge de protéger, de soigner. Une chef de service en dermatologie rappelle que dans les hôpitaux en Israël, les Israéliens soignent tout le monde, dans les services tous, quelque soient leurs religions travaillent ensemble au service de tous les malades. Une femme s’avance près du micro, elle a perdu des membres de sa famille dans le pogrom et en a 7 retenus comme otages. Beaucoup ont besoin de soins particuliers, de médicaments, un rescapé de la shoah de 85 ans fait partie des otages. Sur l’écran Shiri Maimon et Tamir Grinberg chantent « coming home » Soirée déchirante, une de plus ! quel est ce monde dans lequel nous vivons ? quel est ce monde dans lequel les pulsions de mort les plus archaïques s’expriment ?
« La mort de l’empathie humaine est l’un des premiers signes et le plus révélateur d’une culture sur le point de sombrer dans la Barbarie » nous dit Hannah Arendt. En Israël la barbarie est à nos portes à peine à 100 km de Tel Aviv. L’empathie pour les otages, ou est-elle dans ce vaste monde ? Combien sont-ils à Paris, Londres ou Toronto qui défilent sur l’écran face à nous, peu, trop peu. L’empathie n’est pas de mise, la barbarie est là quand on arrache les affiches de bébés kidnappés, quand on chante des chants nazis dans le métro, quand on ricane sur un bébé brulé, quand on qualifie de résistants les barbares, quand rien ne se passe pour crier, hurler de l’empathie pour Israël. Les actes de violence contre les juifs en France font suite à un pogrom non pas contre Israël en tant que nation mais contre les juifs. Le Hamas ne poursuit pas un combat idéologique ou nationaliste. C’est une lutte religieuse, djihadiste non pas idéologique. Les auteurs des actes anti-juifs ne sont pas motivés par une idéologie raciste antisémite mais par une guerre contre les mécréants, les juifs, les non musulmans pour établir un khalifat mondial, c’est de l’anti-judaïsme non pas de l’antisémitisme. La France se trompe de logiciel, nous ne sommes plus dans l’antisémitisme des années d’après-guerre. On revient non pas « aux heures sombres de notre histoire » mais au moyen Age et à l’inquisition quand les chrétiens étaient en guerre contre les juifs qui avaient tué Jésus et étaient dans l’erreur. Georges Bensoussan l’a dit le conflit au Moyen orient n’est plus un conflit nationaliste mais un conflit religieux et ce conflit importé en France est identique, il est religieux. Le terme de manifestation contre l’antisémitisme n’est pas de mise, Il n’y a pas de regain de cet antisémitisme : L'antisémitisme ou la judéophobie désigne une attitude hostile vis-à-vis des Juifs en tant que peuple au-delà d'une stricte dimension religieuse. (Wikipédia), on n’est dans une réactivation de l’anti-judaïsme qui est par définition l'hostilité à l'égard de la religion juive qui était autrefois chrétienne et aujourd’hui d’origine islamique. La vérité c’est que c’est une manifestation contre l’anti-judaïsme qu’il faudrait mais ce serait admettre la résurgence de cet anti judaïsme, La France préfère mal nommer pour ne pas combattre le réel. Les juifs de France ne se trompent pas, ils retirent les signes religieux extérieurs alors que les signes extérieurs musulmans eux prolifèrent. Mots d’ordre est donné : pas de drapeaux israéliens dans cette manifestation, surtout pas d’empathie avec les victimes des pogroms et des 240 otages, la barbarie est là, les loups sont déjà entré dans Paris. Le chant de l’espoir clos la soirée de protestation. Un gros nounours enchainé entouré de photos d’enfants kidnappés git à terre, attendant que bébé revienne à la maison. Nous quittons la place, les fenêtres de la croix rouge sont restés closes et muettes. La croix rouge ne fait pas le job, Tsahal le fait avec les larmes qui accompagnent les sacrifices de soldats à peine sortis de l’adolescence, ils se battent pour nous, meurent pour nous, pour l’espoir entonné en cette fin de soirée.

Joan Sfar 

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