Samedi 07 octobre 2023, 216e jour d’après: 05 mai 2024
Tous les ans à l'occasion de Yom-Ha-Shoa, le projet de Zikaron Ba-salon réunit des milliers de personnes dans les maisons d'Israël pour présenter, discuter, échanger autour de témoignages de rescapés de la Shoah. Les survivants n’étant plus toujours de ce monde pour témoigner, Il appartient alors aux descendant de transmettre.
Cette année, le dimanche 05 mai, je vous ai raconté l’histoire de ma grand-mère, une femme au nom prédestiné : Esther, femme libre, indépendante, combattante de la vie dont le courage, l’intelligence pratique lui a permis de survivre et sauver sa famille entre 1940 et 1945
Nous avons un devoir impératif de mémoire et d’histoire en ce jour de Yom Zikaron non pas sur des voies tragiques et lacrymales mais sur celles de la résistance et de la pulsion de vie. Esther un nom prédestiné. Un prénom qui me parle, nous parle et évoque la résistance et la renaissance. Walter Benjamin nous parle du rendez-vous mystérieux pris entre les générations passées et la nôtre et ce souffle d’air qui nous a précédé dans les voix de nos aïeux qui ont vécu la shoah. Ce ne sont pas des voix du passé, elles résonnent en nous aujourd’hui. Je vais vous raconter L’histoire de la vie d’Esther Milchtein femme libre, indépendante, combattante de la vie.
J’ai vingt ans, je rends visite à Esther dans son appartement de Vincennes et nous parlons. Elle me raconte sa vie d’avant la guerre et elle me confie là un livre de prière de son père, là des photos et elle sème en moi une graine de curiosité qui prend racine et me poussera vers la soixantaine à enquêter et je dois vous avouer pour ceux qui m’ont déjà entendu raconter la vie de son mari Hirsch que ce n’était pas lui mon héros, c’était elle, Esther l’origine de tout. Ceci est aussi un témoignage mais surtout un hommage à toutes les femmes et mères juives qui résistent.
Le 06 mars 1901, Esther voit le jour chez son père et sa mère, elle est la fille de MayerMilchten, âgé de trente-six ans, et de Rebecca Zlatine Chastoport âgée de trente-huit ans,sans profession, mariés, domiciliés passage Kracher n°10 dans le XVIII° arrondissement de Paris, tous deux de nationalité russe. Esther est le 7° enfant de la famille, elle a deux sœurs : Marie et Sarah et quatre frères : Abraham, Salomon, Isaac et Georges. Il naitra plus tard un huitième enfant Léon puis une neuvième Germaine. A partir de 1882 le 18° arrondissement de Paris ou est née Esther est le point de chute des juifs fuyant les pogroms de Russie. Dans le XVIIIème arrondissement dénommé la nouvelle Jérusalem, la population juive immigrée s’élève 1.985 personnes en 1901. Le début du siècle appelé la belle époque voit la misère côtoyer l’insouciance des bourgeois qui s’encanaillent au moulin Rouge.
Ce que je sais des parents me vient d’Esther mais les souvenirs d’une fille ne reflètent pas toujours la réalité. Cette réalité c’est en 2013 que je la trouverai aux archives nationales dans le dossier de demande de naturalisation de Meyer pour sa famille dans une chemise épaisse, référencé BB/11/4305, dossier n° 8890X 04, contenant 16 pièces,enregistré le 31/12/1904 à la Cour d’appel de Paris. J’ouvre le dossier et lit la première demande de Meyer datant du 28 décembre 1904 rédigée en son nom par un ami Rabbin : Sujet russe, en France depuis 19 ans, arrivé en 1885, Mayer a neuf enfants, tous vivants, le dernier ayant 2 mois. Il désire depuis longtemps être français et cherche à obtenir gratuitement les pièces utiles pour ce résultat sans pouvoir y arriver. Il est pourtantévident qu’avec de semblables charges et chômant souvent comme tailleur d’habits, il ne possède absolument rien sinon la misère… Il souhaite obtenir la nationalité pour ne plus être en situation irrégulière, ce qui lui a souvent nuit et pourra nuire à ses enfants dans leurcarrière. » :« Il a perdu tout espoir de retour dans son pays, il n’a plus père et mère mais a un frère qui réside en Russie, il a satisfait à la loi militaire de son pays, toutefois il a déserté après un certain temps, son gain est très variable et suffit à peine à faire face à ces charges de famille. » trois et demi plus tard le 17 avril 1908 naturalisation française est accordée à toute la famille. Esther a 7 ans, elle est française.
Meyer le père d’Esther est observant, il compte parmi les 50.000 juifs vivant à Paris dont 8000 immigrés d’Europe orientale, il prie à l’oratoire de la rue des Cloÿs où il réside, Meyer en fait n’est pas chiffonnier, c’est sa femme qui l’est, lui est « Shames » à la synagogue. Esther me raconte : Tout l’argent partait pour planter des arbres en Israël et nous vivions dans la misère. En 1907 un oratoire est ouvert Rue Sainte-Isaure pour lesimmigrés russes dédaignés, c’est la première synagogue consistoriale de rite polono-russe de la capitale. La synagogue Sainte-Isaure sera rebâtie en 1939 par les architectes Germain Debré et Julie Hirsch. C’est dans cette même synagogue qu’Esther se mariera en 1922
Parfois dans les histoires de famille on occulte les moments de vie peu glorieux, je ne vais pas me dérober ce soir. L’ainée de la famille a comme on dit a mal tournée. Marie née en 1888 a vingt-deux ans quand Esther en a 9. Elle pratique ce qu’on appelle le plus vieux métier du monde et a ouvert une maison close. Il faut donc sauvegarder la petite dernière de l’influence de son ainée d’autant qu’il semblerait qu’une autre sœur ait été entrainé sur cette mauvaise pente. Mayer décide de mettre sa fille dans une institution israélite à Neuilly. A l’origine la maison israélite de Refuge pour l’enfance recueillait les jeunes filles juives perdues dont les mœurs étaient en danger puis elle fut ouverte à des orphelines, des enfants abandonnées,des jeunes filles qu'il était urgent de soustraire à de dangereuses influences et à de pernicieuxexemples, et en avril 1910, l’Association pour la protection de la jeune fille (section israélite) voit le jour dont la présidence est confiée à la Baronne de Rothschild, l’association a uneaction préventive et s’occupe des jeunes filles qui se trouvent dans une situation familialedifficile, ce qui est le cas d’Esther qui y résidera jusqu’à ses vingt et un an, l’Age de se marier. Le mariage d’Esther va suivre certainement organisé par les deux familles. L’heureux élu s’appelle Hirsh Wolf Abel.
Il s’appelle Hirsch Wolf Abel, il est né en Russie le 5 février 1894 dans la province deKaunas, dans une ville dénommée Jourdberg, Yurdburg (en yiddish) La famille Abel est arrivée en 1900 à Paris. La mère de Hirsch Raché Kaplan est matelassière. Le père deHirsch, Iossel Fayvel, est cordonnier, tout comme l’était Meyer le père d’Esther. Les deux pères ont travaillé ensemble puis se sont séparés et puis Iossel Fayvel a disparu laissant Raché et le petit Hirsch seul. Raché, abandonnée par son mari, fait alors des ménageschez un patron à 20 centimes de l’heure jusqu’à tard le soir pour nourrir sa famille. Le 24 février 1907 nait Jacob Kaplan fils de Raché et d’un père inconnu, 10 mois plus tard naitra Hélène également de père inconnu.

De ce mariage arrangé naitra deux enfants: André en 1923 et Claudette en 1930. Esther écoute de l’opérette sur Radio Paris et son mari Le Boléro de Ravel. Elle adore son fils et joue à la poupée avec sa fille. Elle commence à travailler et pousse son mari à abandonner son métier de maçon pour faire le taxi. Ils achèteront en 1939 une version longue de la fameuse traction Avant de Citroën. Hirsch travaillera la nuit laissant Esther libre dans un couple qui commence à battre de l’aile.

Nous sommes à la veille de la guerre, Hirsch a eu l’information par un de ses clients que pour les juifs cela n’allait pas être bon. Au début du mois de juin 40 la capitale a déjà perdu deux tiers de ses habitants et la banlieue presque la moitié. « cent mille juifs auraient emprunté les routes de l’exode, soit près de la moitié de la Communauté juive de France. Le 10 juin au soir ils quittent Paris dans la Traction avec à son bord Esther, Hirsch, Claudette, André et un beau-frère, Georges Kasse, accompagné de sa fille Ginette. Georges Kasse est le mari de Germaine, la petite sœur d’Esther ; Germaine elle, est resté à Paris avec son amant, pour son malheur.
Ils arrivent au Veurdre dans l’Allier le 12 juin, le 14 juin les troupes allemandes rentrent à Paris.

Le Veurdre « pays de verdure » est construit sur la rive gauche de l’Allier à quelques cent mètres d’un joli pont de ciment armé,. Depuis 1912, ce pont relie les deux rives et assure la communication avec la Nièvre. Les renseignements du client du mari d’Esther ont été remarquable puisque la famille a pu s’y réfugier et à temps.

Nous sommes en juin.... Mais en 2013 je suis devant la maison refuge, sur le banc une brave dame est assise, je m’approche, je la sens distante, je tente malgré tout la conversation : Peu d’enthousiasme, je raconte alors l’histoire de la famille qui a résidé dans la maison derrière elle. Elle se souvient que quelqu’un lui a raconté: pendant la guerre, une famille juive a habité ici. Un silence puis, bougonne, elle me dit « Bon on y va ou quoi ? ». Je la suis, elle pousse la grille je franchis le palier. Tout semble avoir été figé, un lino, des fleurs aux murs, une obscurité, un fatras de livres, vieux journaux et linge envahissent l’espace. Une petite pièce s’ouvre sur une cuisine minuscule avec une gazinière d’un autre temps, qui donne sur le jardin. A droite de la pièce principale, une chambre avec un lit en fer forgé à côté d’une commode de style Louis-Philippe et d’un sèche-linge. Six personnes ont vécu dans cette maison. A la sortie de la cuisine, une allée bordée de fleurs, de part et d’autre le potager
Nous sommes toujours en juin.... mais en 2016, Marcel Virmoux m’accueille avec Mme Berthet la maire Du Veurdre. L’homme a plus de 90 ans, il se souvient de la famille Abel ; J’entends la voix du passé dans la mémoire de Marcel. Il se souvient du grand-père qui venait à la pêche avec son fils au moulin de son père meunier ; il se souvient de Claudette qui allait à l’école avec lui, il se souvient que les Abel habitaient la maison d’Antonin Thevenin le ciseleur, il se souvient que André travaillait à la ferme Saucière au-dessus du moulin, il se souvient qu’il se cachait et ne sortait pas le soir. Il se souvient qu’en face de la maison il y avait les « Parada », des collabos ; il se souvient de l’épicier du village qui collaborait aussi avec les allemands et aussi de ceux qui résistaient. Il ne souvient pas d’Esther.

De l’autre côté du village la ligne de démarcation passe au milieu du pont enjambant la rivière. Les Allemands ont enlevé les barques permettant de passer d’une rive à l’autre et font des patrouilles régulières sur la rive droite. Eric Alary l’historien nous décrit ainsi la ligne frontière :« Le passage clandestin de la ligne de démarcation est l’objet d’une ordonnance allemande en date du 4 octobre 1940, "interdisant le passage sans autorisation" « Toute personne qui passe sans autorisation la ligne de démarcation […] dans la zone non occupée sans l’autorisation prescrite, sera punie.» Les peines encourues vont de l’amende à la condamnation à mort, en cas de passage de renseignements. Évidemment, pour les Juifs, ces risques se doublent de toutes les mesures discriminatoires prises à leur encontre, de part et d’autre de la ligne. Ils sont des passagers clandestins spécifiques, évidemment plus vulnérables que les autres ». Ce passage au milieu du pont sur l’Allier est donc en théorie infranchissable pour les juifs, et donc pour Esther et encore plus pour Hirsch qui n’est pas français.
Novembre 2016 je loge à l’hôtel, route de Lurcy au Veurdre, les Buissonnier y demeurent en 1940; e rencontre Simone Buissonnier, 88 ans, la sœur de Lulu, la copine de Claudette. Dos voûté par les ans, la canne posée sur la table, Simone regarde les photos. A la vue de la photo de Claudette en première communiante, elle me dit : « Pauvre Claudette, elle était devenue catholique. ». Elle se souvient que son père cachait Esther dans son camion pour passer la ligne de démarcation, il n’était pas passeur mais le faisait par amitié pour Monsieur Abel.
2017, je suis chez Claudette la fille d’Esther. Depuis le décès d’Esther. en
1976 soit il y a 41 ans dans une boite à chaussure dort un dossier rouge au-dessus d’une armoire. Nous découvrons comment Esther pouvait circuler en France sans encombre : un livret de famille, des copies de certificat de naissance et de mariage et des cartes d’identité : la première délivrée Le 27 août 1941 par la mairie de Sancoins, à Marguerite Thevenin, née Paille, de profession lingère, née le 17 novembre 1900 au Veurdre, de nationalité française, domiciliée 21 route de Bourges à Sancoins, à treize kilomètres du Veurdre. Encore plus incroyable la carte d’identité a été renouvelée à Bordeaux le 02 mars 1943. Esther Abel née Milchten n’est plus, elle est Marguerite Thévenin née Paille. Que fait Esther, Marguerite avec ses vrais faux papiers à partir d’Aout 1941 ?
1976 soit il y a 41 ans dans une boite à chaussure dort un dossier rouge au-dessus d’une armoire. Nous découvrons comment Esther pouvait circuler en France sans encombre : un livret de famille, des copies de certificat de naissance et de mariage et des cartes d’identité : la première délivrée Le 27 août 1941 par la mairie de Sancoins, à Marguerite Thevenin, née Paille, de profession lingère, née le 17 novembre 1900 au Veurdre, de nationalité française, domiciliée 21 route de Bourges à Sancoins, à treize kilomètres du Veurdre. Encore plus incroyable la carte d’identité a été renouvelée à Bordeaux le 02 mars 1943. Esther Abel née Milchten n’est plus, elle est Marguerite Thévenin née Paille. Que fait Esther, Marguerite avec ses vrais faux papiers à partir d’Aout 1941 ?

En toute illégalité Esther passe la ligne de démarcation et de l’autre côté un homme l’attend et ensemble ils font le voyage jusqu’à Troyes ou elle se fournit en marchandise chez André Kasse qui a ouvert à Troyes en 1928 une manufacture de bonneterie. André Kasse est le frère de Georges Kasse réfugié au Veurdre avec sa fille et la famille Abel. André Kasse cède à Esther des lots de bonneterie haut de gamme à bas prix, qu’elle peut revendre aux parisiennes et parisiens sur son étalage rue Mouffetard. Elle revient au Veurdre avec le fruit de ses ventes et ramène aussi de la marchandise qu’elle revend sur les marchés aux alentours du Veurdre avec un certain René Dubuis. Ainsi elle fait vivre toute la famille.
Jusqu’à quand peut-elle exercer ce trafic vital ? je me suis penché sur le devenir de l’entreprise Kasse pendant la guerre ! Philippe Verheyde l’historien dans un article paru en 1999 écrit que dès le 04 décembre 1940 un Administrateur Provisoire est nommé, l’entreprise étant soupçonné d’être juive. Avec la sympathie des industriels troyens, le soutien de ses employés et le doute sur la judaïté de André Kasse de tergiversation en tergiversation, d’Administrateur Provisoire français à Administrateur Provisoire allemand rien ne semble avoir été décidé et il semblerait que au moins jusqu’en 1942 Esther ai pu se fournir chez son beau- frère. Les bas rayonnes au marché légal se vendent aux alentours de 38F et au marché noir 190F. Si on considère qu’Esther les achète à un prix dérisoire à son beau-frère, les bénéfices doivent s’accumuler et grâce à son courage et son négoce : le logis, les faux papiers et plus tard la pension de sa fille pourront être payé sans soucis.

Le 14 juillet 1941 Hirsch est arrêté par la police française en tant que juif étranger indésirable. Il est interné dans différents camps français dits de « Palestinien » dont le dernier en Auvergne près de Mauriac d’où il s’enfuit en février 1943. Après avoir revu une dernière fois sa mère et sa sœur à Paris il se réfugie avec son demi-frère à Lyon ou il est caché par la famille Truchet, charcutier de leur état. Le 04 aout 1944 il est arrêté par la milice française et livré aux allemands ; il est emprisonné à la prison de Montluc et déporté à Auschwitz par le convoi n°78, le 11 aout 1944. Libéré par les Russes le 27 janvier 1945, il écrit à ses sauveurs de Lyon le 05 juillet 1945 avant d’être rapatrié sur Paris

Le 16 avril 1942 le curé Marie a baptisé Claudette fille d’Esther. Sur les documents du diocèse de Moulins les prénoms des parents ont été déjudaïsé, francisé pour la bonne cause chrétienne : Hirsch en Albert, Esther en Estelle. Le curé Marie célèbre la communion solennelle dans l’église du Veurdre le 24 mai.
Dans les archives de la mairie du Veurdre je retrouve la preuve de la date de départ d’Esther et de ses deux enfants : le 31 octobre 1942, soit 11 jours avant l’occupation de la zone dite libre par les Allemands. Comment Esther a-t-elle su que les Allemands allaient arriver ? Encore une fois elle se sauve et ses enfants avec, qu’elle met à l’abri avant de revenir à Paris

Claudette raconte , pour rappel en 1941 elle a 11 ans :
André, lui a 19 ans, il est en âge d’incorporer les chantiers de jeunesse crées par Pétain pour remplacer le service militaire. Il va préférer l’engagement volontaire dans Jeunesse et Montagne, au détriment des chantiers de jeunesse à l’enrôlement obligatoire. Malgré le règlement de cette association qui n’accepte pas les juifs, il s’y engage et y restera au moins jusqu’en juin 1943. Comment a-t-il pu s’engager et être admis, c’est un mystère. Esther a-t-elle fait intervenir son autre beau Frère Ahmed ben Amar, le mari de Sarah le directeur du cirque du même nom qui aurait déjà œuvré pour la libération d’André ? Une fois dissoute les membres de l’association « Jeunesse et Montagne » pour la plupart prendront le maquis et seront résistants, pas André.
Le 1° mars 1945 Esther écrit au préfet de Lyon pour avoir des informations sur le sort de son mari qu’elle sait avoir été arrêté le 08 aout 1944. Elle ment sur les motifs de sa demande mais par cette lettre elle confirme qu’une correspondance a été établit entre son mari et elle ou avec sa fille pendant toute la période au cours de laquelle Hirsch a été caché. Le secrétaire de la police lui répond qu’il n’a aucune nouvelle de Hirsch après sa déportation.
Le 07 mars 1943 Hélène Kaplan la sœur du mari d’Esther est déportée par le convoi n° 69
Le 20 novembre 1943 germaine Kasse la sœur d’Esther est déportée par le convoi n° 62
Le 03 février 1944 Rachel Kaplan la belle-mère d’Esther est déportée par le convoi n°67
Le 11 Aout 1944 Hirsch Abel le mari d’Esther est déporté par le convoi n°78.
Seul Hirsch a survécut et est rentré d’Auschwitz en juillet 1945

Le 12 novembre 1946, Esther et Hirsch divorcent. Le 08 janvier 1954, elle se remarie avec Raymond Bécanne qui décède en 1955. Esther est à nouveau seule et va assumer sa vie de femme libre et indépendante: en juillet 1956 elle a pignon sur rue par l’acquisition pour un million de franc d’un commerce au 1 rue de L’arbalette à l’enseigne Falbalas. Elle louera à sa fille puis à sa belle fille son emplacement rue Mouffetard.

Le grand cœur fatigué d’Esther a lâché le 21 juin 1976 . Elle a traversé le siècle avec tout sa féminité et sa hargne pour la vie. Elle qui a su protéger ses petits dans la nuit de l’horreur, elle qui avait oublié son identité l’a retrouvé un après-midi de Vincennes pour me la rendre, cette identité a pénétré dans mon exil intérieur. La belle Esther au collier de perles blanches ne parlera plus, ne racontera plus de sa voix douce de vieille femme. Son Samovar attend le thé des souvenirs au parfum de l’avant. Je l’entend dire ce qui ne s’est pas dit. J’ai fait venir un rabbin sur sa tombe au moment des obsèques, pour moi, pour elle, pour Meyer. L’homme en noir prononce des mots que personne ne comprend ; il est là parce qu’il doit être là, dérangeant les bonnes âmes du présent pour l’avenir de ceux qui ne sont pas encore nés. Nous n’avons pas prononcé de kaddish, Meyer ne m’en voudra pas ! La concession de trente ans où elle est enterrée est expirée, elle ne figure plus dans les registres du cimetière de Pantin. Personne ne peut rajouter de petits cailloux sur sa tombe. Mais ce soir en ce jour de Yom-Hazikaron, elle nous a parlé et envoyé un message d’espoir.












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